18.08.2008

aimer

Voir les pages d’un livre écrit pour être déchiré, une existence livresque en succession de bouts de pages déchirés pour être à l’océan livrés.

Livrer au souffle la trace d’une vie qui ne se nappera plus de fautes. Des faits. Juste des faits, ordonnés, filés, le cours des choses.

Des choses :

Filer les lignes d’un cœur irrévérencieux,

Etayer le pas de la légèreté de l’être,

Peindre à l’encre du cœur le sourire au bord des yeux,

Enchâsser son esprit aux âmes naissantes,

Effleurer des doigts l’incorporéité du partage du sens, des sens,

Ondoyer le souffle,

Battre de vie pour la vie, le cœur dans la poitrine de l’autre, pour qu’il n’y ait plus qu’un rythme, l’harmonie, symphonie à mille mains pour un quatuor à plumes.

Ecrire

L’orgasme du regard des âmes tactiles.

09.07.2008

partout

Sur le chemin, j’ai rencontré un vieil homme au visage d’enfant. C’était au bas de la route qui mène à la Garonne, sous un châtaigner. L’homme était abandonné à un regard compatissant pour la trajectoire des pèlerins, tant de pas pour arriver ici, au pied la côte, et pousser plus loin vers le Somport, puis l’océan, puis…

Rien ne le destinait à être là. Et pourtant. C’était sa place depuis des d’années. Il en avait vu des marcheurs, beaucoup de marcheurs, traînant avec eux ce qu’il leur restait de vie, quelques kilos d’essentiel. De plus en plus de marcheurs, à mesure de la réification du monde ; l’ère du plein gonfle la perception du vide et offre aux chemins son lot d’apprentis à exister. C’est clair. Tous avec le même regard au fond, l’espérance en bandoulière. Et lui, il est là. Il est d’ici. C’est un chuchoteur par les yeux, livrant l’amour au pas des baladins. Drôle de type. Ni berger, ni prêtre. Le visage buriné par le cours du temps et le vent au pied de la colline. Le vent y trace d’ailleurs des filets de feuilles à l’automne donnant l’impression que le vieil homme danse. Mais ce n’est qu’une impression. Ce gars là est d’essence végétale, le tronc sculpté à la serpe comme l’est le corps des grands arbres.

Le vieil homme m’a vu arriver de loin. Je lui ai posé une question. Vous savez ? De ces questions qui mettent en route, qui font quitter les villes l’été. On reste des rats, mais bon… au moins on change d’air et de couleur, ce n’est pas si mal. Je lui ai demandé : « dis monsieur, c’est quoi vivre ? ». J’avais l’impression d’être un petit prince. C’était cool ! Le vieil homme m’a souri. C’est tout. Il m’a souri et tout s’est ouvert. J’ai compris. J’ai compris que cette question n’appelle pas de réponse, qu’elle s’épuise d’elle-même dans l’être ensemble, ici, avec lui, que le silence porte en lui toute l’essence de qui nous sommes lorsqu’il est éclairé par un sourire, en légèreté, qu’il n’est pas question de connaître un état mais de le contempler, en profondeur. Un Etat, oui, là où l’enfant épris, l’homme amoureux, à l’excès, addictif, fuyant l’impression d’une trahison, trouve le plus intime des réconforts, un sourire sur son existence et l’évidence de ce que les chutes d’hier ne sont là que pour dire ce qui est. Rien. Juste être là. Et sentir... sentir...

Sentir l’exigence de l’erreur dans ce qu’elle a de puissamment révélatrice, un art de reformuler sans cesse l’essence, de parfaire le sourire sur sa vie, pour qu’il ne reste plus qu’un regard éclatant. Sentir comme la culture d’une intelligence analytique, matérialiste, a fait du trésor de la naissance un ordinateur, système moléculaire édifié pour ériger des concepts et lesté pour exister. Une vie. Sentir l’attachement à des mythes, l’attraction des images et cette réaction de l’enfant seul : sculpter un univers en rose où tout le monde m’aimerait et où je ne me suis jamais aimé. Un monde. Sentir la peur, la peur des ombres autour, la peur de blesser, la peur de tromper, la peur de ne pas réaliser. Phénoménologie de mots embaumés. Mensonge par omission sur ce qui est : la peur de faire le mal. N'être qu'un autre. Des peurs.

Franchement, c’était que de la paix. J’avais plus envie de marcher. Et il le fallait pourtant. Parce que l’être ensemble et le sourire étaient ici, c’est vrai, mais ils sont partout, aussi. Partout.

07.07.2008

l'urne

Ca sent l’artefact. Le bûcher est prêt à condamner une dernière fois la peur de laisser le souffle décaper le canal. Enfin. Vision d’un demain enchanteur, brulant. Intimiste sorcellerie. Envoyer valser les attentes déchues dans la danse de l’existence. Rien. Ne plus en avoir à foutre de rien. Le corps est prêt, dessinant son évidence, la trajectoire du feu dans l’espace choisi d’un clapier urbain, là où l’apprenti a taillé son chef d’œuvre, fissurer ce qu'il lui restait de moi, soignant les blocages à la masse, crachant les toxines, écartelant ses amarres. Juste assis. Oui. Il comprend son assise. Loin des mots. Loin du sens. Loin de la raison. Loin de Barthes, des sages, et de leurs expressions tellement vraies qu’elles mentent, parce qu’il leur manque la couleur du particulier. Loin. Des années à cultiver une survie hypothétique. Le tremblement des aubes où chaque réveil constitue un pari sur l’avenir. La vie à héler la mort, à blanchir le sang, à extirper au cerveau son intelligence pour souffrir. Analyse. Dé-pression. L’enfermement pour tenir le cap, hurlante virée, rugissante, parce que l’enfer ne ment jamais à celui qui survit, jamais. Il lui offre la nuit. Des nuits à tenir l’axe vertical pour inverser l’érosion des sens, à s’en fissurer les vertèbres. Des nuits affinées à boire ce que la cave recèle de paradis moléculaires. Quatre roses. Ethyliques illusions. En portes tenues ouvertes sur le Rêve. Survie. Des années à souffler le vide pour caresser les parois d’une urne qui ne se remplira plus. De toi. Une urne de soi.

05.07.2008

oubli

Drôles de nuits ma belle de jour. Carder nos vies d’une côte de velours à tant avoir uni nos rêves, des souffles insérés à la jonction d’une exhalation, là où chaque jour nos vies s’évanouissaient, féérie de rêves enchâssés. Colorer la conscience de teintes inaudibles hier pour mieux matelasser l’éveil d’aujourd’hui.

Oui.

Drôle de jour ma belle de nuit. Ce souvenir de toi dans un rêve endormi. Le grain de ta peau. Quatre années égrainées à t’oublier, toi, pour extraire maintenant un précipité. Le grain de ta peau. Est-ce cela oublier ? Laisser au temps les figures qui ont brûlé notre histoire pour qu’il ne reste plus qu’une rémanence, flanelle cutanée, la mémoire du bord de nous, rebordée à jamais sur le bord des draps, la peau ? Etre seul parmi les autres dans un toucher d’âmes, douceur corporelle, caresse à l’intérieur de l’intérieur blessé après s’être blessé(s) pour s’adoucir ? C’est ça ? Nous fallait-il rêver ensemble, nous aimer et nous châtier, pour qu’il ne reste plus qu’un soin à portée de la peau ? Mon corps entre mes mains.

01.07.2008

framboise

L’homme du 14ème est un écorché. Enfin, je veux dire, un ancien écorché. Aujourd’hui, il vit dans un monde de corps de foi, mais ça je l’ai déjà dit je crois. C’est un mec qui vit seul dans un monde interconnecté, qui a extrait la solitude d’une sensation d’isolement, un jour, au creux d’un océan sans profondeur, le parquet du salon, salé hier, taché aujourd’hui. Hihi.

Ce mec ne croit en rien et il a confiance. Il attend l’heure comme si elle n’arriverait jamais, l’heure du deux en un, aussi, alors il est amoureux en permanence, dans l’évidence du vide dense (sorry Cerise, j’te les emprunte). Pas facile à vivre au jour le jour cette tachycardie de sentiments, mais elle lui va bien finalement. L’homme du 14ème a tout à offrir parce qu’il ne possède rien. Mais il offre des choses bizarres. Là, par exemple, il a un bouquet de libellules à la main parce que personne ne pourra les apprivoiser. Rien ne lui ressemble et pourtant, il a parfois l’impression d’être tous les autres, les hommes et les femmes de l’immeuble. Et sonder son esprit, c’est comme essayer de comprendre pourquoi les roses ont des piquants. Il est le fruit d’une évolution chaotique et l’espace désormais offert à des territoires brisés de souffrances généalogiques. C’est comme ça. Des fois, ‘’ça’’ le met en colère mais il combat avec un plastron de paille et un glaive de papier… alors… Il voit le monde en terrien désaxé, de travers, un peu comme si le pôle Nord était à Cuba, tu vois. Il s’émeut des larmes des êtres en marge et des enfants, surtout, lui aussi. Peut-être parce qu’il est en marge lui-même, en marge des autres, en marge d’une culture, pire, en marge de l’intime en l’autre. Possible. Il a peur parfois. Toi … Terrible. La femme est tout, un mythe, une déesse, des histoires, l'histoire et une peur en lui. Elle est tout parce qu’il n’a pas eu de maman, enfin, je veux dire, de vraie maman, de maman qui fait des câlins. Qu'y pouvait-elle? Il s’en fout maintenant, mais… quand même. Il le sait bien. Il a besoin d’une caresse, qu’on lui dise que c’est bien. Et ouais. C’est sa fragilité ce besoin viscéral d’être aimé, ce qui pourrait le faire mentir avec sincérité et écrire le chant du coquelicot. Il l’a fait déjà, dans une ruade. Pathétique et contradictoire… Pas autonome. Il le sait et s’accueille comme ça. Pourquoi ? Parce qu’il a eu l’impression de mourir tellement de fois que maintenant rien n’est grave. Même ses gerçures de vie, ses fractures le font doucement sourire passé la claque de la saignée. La saignée c’est dingue tu vois. Ca fait sentir la mort, la mort des sages, mort à la mascarade des relations humaines pour en goûter les saveurs dans le détachement, mort au temps, mort à la mort, pour vivre, maintenant. Oui. Ce mec sent la mort. Radicalement autonome. Il ne lui reste plus d’essentiel que les seules choses qui arrivent au détour, deux mômes, le souffle, et toi. Toi. Un jour. Peut-être. Ou pas. Toi qui renoncera à analyser, qui en aura eu marre de toujours chercher à comprendre par avance, pour mieux délimiter l’insondable et … le fuir, sûrement. Toi qui glissera dans ses bras pour n’être que colombes dans un lit au creux de l’arbre et dans sa bouche la framboise parce que tu en sauras le goût et que le goût sera pour lui, pour vous, vous, des paumes en cœurs de mains.

27.06.2008

traverse

Tu vois, il y a des mômes parfois qui expirent de vie dans le bris du miroir, qui fracassent ce qu’ils touchent de beau parce que ce serait trop beau tu vois. Ils voilent l’in no sense, sens voilé.

Tu vois, il y a des gamins ici qui tracent leurs peurs un peu comme le peintre se gommerait pour ne plus confondre ses rides avec les craquelures du tableau, qui en ont assez des images viciées qu’on macule, sens projeté.

Tu vois, leur plaie saigne. Hémophiles. Leur peau est douceur. Ecorchés. C’est leur prison et ils y sont tout petits, sens pointé.

Pour eux aussi la vie est un sourire. Leurs larmes sont l’égouttoir de la mémoire, un œil de bœuf sur la mer.

Pour eux aussi la vie est sagesse. Leur souffle vient juste de la connaissance du désastre. Alors ils surfent sur l’artéfact d’une vibration à la recherche de l’ivresse, un peu comme le pilote vole pour pénétrer une seule fois l’œil du cyclone. « Orage », c’est leur nom. Leur foi ? celle d’une pince, corps étirés vers l’occident, épaules délivrées du connu, écrasés sur la terre comme des pétales de cerisier offrant l’axe à l’univers. Des renaissances dans la soufflerie du vide. Tantriques… pour vivre.

la gouttière

L’homme du toit est un vieil homme. Quand il a fini sa journée à faire le lien entre le ciel et les gens du bas, il pleure. Il pleure comme un petit garçon qui ne trouve plus son vélo. Il me touche le vieil homme au visage d'enfant. Alors je m’assieds dans la gouttière à son côté et je lui demande : « Dis ? Pourquoi tu pleures ? ». Il me sourit et je vois mieux. Les petites larmes … l’homme du toit hydrate le bonheur.

Moi qui ne voit rien d’habitude, ou alors, si, qui ne voit rien d’autre que mon nombril, miroir, joli miroir, finement ciselé et poli, par convention, bref, pathologique, là, je prends la beauté de ce mec en plein thorax et c’est … évanouissant.

L’homme du toit est le prisme de vies trépidantes et bedonnantes, soin apporté aux cataractes de la conscience. Il est ce chirurgien des larmes qui opère en aveugle et à distance les regards perdus sous leurs iris, faisant siennes la larme des mondes et don du corps à la seule connaissance, celle de la douceur, celle de la sensibilité, celle de la sensualité, entre nos rives, dans nos dérives.

Alors, oui. Dans la gouttière je vois mieux, les petites larmes. Je vois les portes d’une chapelle ouvertes sur le cœur ou les voiles d’un radeau paré d’harmonie et, au-delà des images faciles, la fugacité d’une caresse pour l’éternité. Je vois le diamant qui vibre de ce que l’esprit ne saurait sentir. Indicible sensation qui peint dans l’instant le souvenir. Et je me souviens. Je me souviens… l’ivresse d’un orgasme au hasard d’une étreinte, la passion qui habille, une folie qui érige. J’ai envie ! N’être plus qu’une goutte d’eau au va-et-vient d’une vague qu’elle sait si vaste et si fougueuse et qui, pourtant, sans elle, ne serait rien. Etre tout. Etre nous. Etre rien.

Alors je prends la main du vieil homme et je me tais. La ville dort. Enfin.